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    La Cup Luneale

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  • Recyclage du silicone : que devient une cup menstruelle en fin de vie ?

    Recyclage du silicone : que devient une cup menstruelle en fin de vie ?

  • 💡 L'Essentiel en 30 secondes :
    Le silicone médical est un matériau très stable, ce qui en fait un excellent choix pour un objet réutilisable, mais aussi un matériau qui ne se décompose pas dans la nature. Faute de filière de recyclage industrielle en Europe, il part aujourd'hui en incinération ou en enfouissement. Des pistes sérieuses existent (recyclage mécanique, dépolymérisation chimique, réemploi de la matière), mais restent au stade pilote. On fait le point, sans rien enjoliver.

    Une cup menstruelle en silicone dure environ 5 ans. Passé ce délai, ou si elle est abîmée, une question revient souvent : qu'en fait-on ? La réponse honnête est moins simple qu'on l'aimerait.
    Le silicone médical est un matériau extrêmement stable, ce qui en fait un excellent choix pour un objet destiné à rester plusieurs années au contact du corps. Mais cette même stabilité veut dire qu'il ne se décompose pas dans la nature, et qu'il n'existe, à ce jour, aucune filière de recyclage industrielle à grande échelle pour ce matériau, ni en France, ni ailleurs en Europe.

    Ce n'est pas un sujet qu'on aime éluder : cet article fait le point, sans filtre, sur ce qui existe vraiment en 2026, l'état des filières dans le monde, les pistes techniques en cours de développement, et ce que nous explorons de notre côté, avec ses avancées comme ses limites.

    1- Le Constat : un matériau stable, donc pas biodégradable

    Le silicone médical utilisé dans les cups menstruelles est un polymère à base de silicium, d'oxygène, de carbone et d'hydrogène. Il doit sa place en usage intime à des propriétés précises : il est inerte, ne réagit pas au contact des muqueuses, résiste à la chaleur (essentiel pour la stérilisation à l'eau bouillante), et conserve sa souplesse dans le temps sans se dégrader.

    C'est précisément cette stabilité chimique qui pose la question de la fin de vie. Un matériau biodégradable finit par se décomposer sous l'action de micro-organismes. Le silicone, lui, ne se décompose quasiment pas dans les conditions naturelles : il peut persister très longtemps dans un sol ou dans l'eau sans se fragmenter significativement.

    En l'absence de filière de recyclage dédiée, un objet en silicone en fin de vie suit donc le même chemin que la plupart des déchets non recyclables : incinération ou enfouissement. Et les cups menstruelles ne représentent qu'une part infime de ce flux. Les établissements de santé utilisent quotidiennement des quantités bien plus importantes de silicone à usage unique (cathéters, sondes, tubulures), qui finissent elles aussi, faute d'alternative, en incinération.

    Ce constat n'est pas une raison de renoncer au silicone médical : à ce jour, aucun autre matériau ne réunit à la fois la biocompatibilité, la durabilité et l'innocuité nécessaires pour un dispositif intime réutilisable pendant plusieurs années. Mais c'est une raison de ne pas se taire sur ce que cette durabilité implique en bout de course, et de chercher activement des solutions.

    2- La Science : où en est le recyclage du silicone dans le monde en 2026

    Le sujet n'est pas figé, il évolue vite. Voici où en sont réellement les choses aujourd'hui, des deux côtés de l'Atlantique.

    En Europe, il n'existe encore aucune filière de recyclage du silicone à l'échelle industrielle. Mais un acteur avance sérieusement : le chimiste français Elkem, avec le projet REPOS (Resourcing Silicones Polymers), soutenu par France 2030 et l'ADEME. Depuis novembre 2024, une unité pilote est opérationnelle sur son site de Saint-Fons, près de Lyon, utilisant un procédé de dépolymérisation chimique [1]. En avril 2025, une publication dans la revue Science a présenté un nouveau procédé catalytique, développé avec le CNRS, capable de redescendre le silicone jusqu'à ses composants de base, les chlorosilanes, la matière première du silicone neuf [2]. C'est une avancée scientifique majeure, mais elle reste au stade de la recherche, pas de l'industrialisation à grande échelle. Une voie mécanique (broyage et réintégration en charge dans un nouveau composé) est elle aussi en cours de validation chez Elkem, avec des taux de réincorporation prometteurs [3].

    En Amérique du Nord, une initiative existe depuis plus longtemps, spécifiquement pour les cups menstruelles : DivaCup, marque canadienne, a lancé en 2021 un programme de recyclage en partenariat avec TerraCycle [4]. Concrètement, les cups usagées sont broyées en poudre pour fabriquer des revêtements de sol (terrains de jeu, terrains de sport). C'est une vraie seconde vie, mais pas un retour à du silicone médical : c'est un réemploi de la matière dans un usage différent. Ruby Cup, une autre marque de cups, avait un partenariat similaire avec TerraCycle : il s'est arrêté, et la marque n'a plus de solution active en 2026 [5]. Le paysage nord-américain, souvent présenté comme en avance sur le sujet, est donc plus fragile qu'il n'y paraît.

    Europe Amérique du Nord
    Stade
    Pilote de recherche (Elkem, depuis fin 2024)
    Stade
    Programme opérationnel depuis 2021 (DivaCup-TerraCycle)
    Voie technique
    Chimique (dépolymérisation) et mécanique
    Voie technique
    Mécanique (broyage)
    Résultat visé
    Matière proche du silicone neuf
    Résultat obtenu
    Revêtement de sol (réemploi, pas retour au silicone d'origine)
    Fiabilité
    Encore expérimentale, pas d'échelle industrielle
    Fiabilité
    Marque par marque, fragile (Ruby Cup a perdu son partenaire)

    👉 Résultat : ni l'Europe ni l'Amérique du Nord n'ont aujourd'hui de filière capable d'absorber tous les silicones en fin de vie, seulement des pistes prometteuses et des initiatives isolées.

    3- Le Conseil Luneale : miser sur le réemploi, pas sur la cup pour cup

    Face à ce vide, deux voies techniques principales sont explorées dans le monde : le recyclage mécanique, qui consiste à broyer le silicone en granulés pour le réintégrer comme charge dans un nouveau matériau, et le recyclage chimique, qui vise à dépolymériser la matière pour revenir à des composants proches du silicone d'origine. La seconde est la plus ambitieuse, elle vise un vrai retour à la matière première, mais elle reste, on l'a vu, au stade de la recherche.

    Chez Luneale, nous réfléchissons depuis plusieurs années sur un programme pilote de collecte de cups usagées auprès de nos clientes, avec un protocole de lavage et de désinfection précis, en vue d'une réintégration mécanique du silicone comme charge dans un nouveau composé. Nous n'avons pas cherché à refabriquer une La Cup Luneale à partir d'une cup usagée : au-delà de la faisabilité technique limitée de cette approche, l'idée peut même paraître un peu étrange en image, même si ce n'est plus un enjeu d'hygiène une fois le matériau broyé et désinfecté. L'objectif est ailleurs : donner une seconde utilité à la matière, pas forcément identique à la première.

    C'est dans cette logique que nous avons échangé avec Le Pavé, une entreprise française qui transforme des déchets plastiques (bouchons, flacons) en panneaux compressés pour du mobilier et des plans de travail, sans ajout de résine [6]. Nous avions envisagé un principe équivalent avec le silicone recyclé, par exemple pour des semelles de tongs. L'idée n'a pas dépassé le stade du papier : un silicone recyclé ne résisterait probablement pas bien au frottement répété d'une semelle, donc nous avons écarté cette piste avant même de prototyper. Le Pavé nous a confirmé qu'ils pourraient tenter de développer des plaques à partir de notre matière, mais cela suppose un budget que nous n'avons pas encore mobilisé à ce stade. Ce n'est pas un renoncement, juste un chantier qui prend le temps qu'il faut.

    💡 Pour aller plus loin :
    Le silicone recyclé n'a pas besoin de redevenir une cup pour être utile. Une seconde vie différente, même modeste, vaut mieux qu'un silicone qui finit à l'incinération faute de débouché.

    4- Pourquoi ça nécessite une vraie filière, pas seulement de la bonne volonté

    Ce que montre notre propre expérience, c'est que l'obstacle principal n'est pas la technique. La matière est recyclable. Ce qui manque, c'est l'échelle et l'organisation.

    Trois obstacles reviennent systématiquement quand un matériau technique cherche sa filière :

    • La collecte : le silicone est dispersé chez des millions de particuliers, en très petites quantités par foyer, ce qui rend le ramassage coûteux comparé au volume traité
    • La pureté de la matière : un recyclage efficace suppose de trier par type de silicone (médical, industriel, alimentaire), donc une chaîne de tri dédiée
    • Le financement : sans obligation réglementaire ni éco-organisme, chaque acteur finance seul sa propre initiative, à petite échelle, sans mutualisation des coûts

    C'est exactement ce qu'a résolu la filière de recyclage des lampes en France. Avant la création d'un éco-organisme dédié, aujourd'hui ecosystem, né de la fusion de Récylum et Éco-systèmes, les lampes usagées, chargées en mercure et en terres rares, ne disposaient d'aucune filière organisée. Depuis, avec un maillage de points de collecte et une obligation réglementaire portée par les fabricants, le taux de collecte atteint 88,9 % et le taux de recyclage 85,4 % [7]. La technique existait déjà avant : ce qui a changé la donne, c'est l'organisation.

    Le silicone se trouve aujourd'hui dans la situation des lampes avant cette structuration : un matériau recyclable, mais sans écosystème pour le collecter et le traiter à l'échelle qu'il faudrait.

    ⚠️ Attention :
    Il n'existe, à ce jour, aucune filière réglementaire de recyclage dédiée au silicone en France ni en Europe. La nouvelle filière REP française pour les protections menstruelles à usage unique (lingettes, serviettes, tampons jetables) ne couvre pas les cups ni les culottes menstruelles réutilisables [8].

    En résumé

    • Le silicone médical est stable et biocompatible, donc durable, mais pas biodégradable
    • Faute de filière, il part aujourd'hui en incinération ou en enfouissement, en Europe comme en Amérique du Nord
    • Des pistes techniques existent (mécanique, chimique) mais restent au stade pilote ou expérimental, y compris chez le leader européen du secteur
    • Le réemploi, donner une autre utilité à la matière, est une piste crédible, plus réaliste à court terme qu'un retour complet au silicone d'origine
    • Ce type de sujet a besoin d'un vrai écosystème de filière, pas seulement de la bonne volonté d'une marque

    Nous n'avons pas de solution aboutie à vous présenter aujourd'hui, et nous préférons vous le dire plutôt que de vous vendre une promesse en carton. C'est un chantier que nous voulons vraiment faire avancer.

    Si vous êtes tombée sur cet article, c'est peut-être que ce sujet vous parle : utilisatrice curieuse, marque confrontée au même problème, organisme qui travaille déjà sur le recyclage du silicone.
    Quel que soit votre angle, commentez ou écrivez-nous. C'est un projet qu'on aimerait vraiment voir avancer, et on ira plus vite à plusieurs.

     


    Sources citées [1] Elkem. *Circular economy for silicones.* Elkem.com. Novembre 2024.
    [2] Elkem, CNRS, Activation. *Publication sur la dépolymérisation catalytique du silicone.* Science. Avril 2025.
    [3] Elkem. *Mechanical recycling pathway for silicone rubber.* Elkem.com. 2026.
    [4] Diva International, TerraCycle. *Diva, makers of the DivaCup, roll out first-ever menstrual cup recycling program with TerraCycle.* GlobeNewswire. 12 avril 2021.
    [5] Ruby Cup. *Recycle your menstrual cup.* Rubycup.com.
    [6] Le Pavé. *SoftSurface, matériaux recyclés.* Le-pave.com.
    [7] ecosystem. *Rapport annuel 2023, chiffres clés.* Ecosystem.eco.
    [8] ADEME. *Filière REP Textiles Sanitaires à Usage Unique (TSUU).* Filieres-rep.ademe.fr.

    💡 L'Essentiel en 30 secondes :
    Le silicone médical est un matériau très stable, ce qui en fait un excellent choix pour un objet réutilisable, mais aussi un matériau qui ne se décompose pas dans la nature. Faute de filière de recyclage industrielle en Europe, il part aujourd'hui en incinération ou en enfouissement. Des pistes sérieuses existent (recyclage mécanique, dépolymérisation chimique, réemploi de la matière), mais restent au stade pilote. On fait le point, sans rien enjoliver.

    Une cup menstruelle en silicone dure environ 5 ans. Passé ce délai, ou si elle est abîmée, une question revient souvent : qu'en fait-on ? La réponse honnête est moins simple qu'on l'aimerait.
    Le silicone médical est un matériau extrêmement stable, ce qui en fait un excellent choix pour un objet destiné à rester plusieurs années au contact du corps. Mais cette même stabilité veut dire qu'il ne se décompose pas dans la nature, et qu'il n'existe, à ce jour, aucune filière de recyclage industrielle à grande échelle pour ce matériau, ni en France, ni ailleurs en Europe.

    Ce n'est pas un sujet qu'on aime éluder : cet article fait le point, sans filtre, sur ce qui existe vraiment en 2026, l'état des filières dans le monde, les pistes techniques en cours de développement, et ce que nous explorons de notre côté, avec ses avancées comme ses limites.

    1- Le Constat : un matériau stable, donc pas biodégradable

    Le silicone médical utilisé dans les cups menstruelles est un polymère à base de silicium, d'oxygène, de carbone et d'hydrogène. Il doit sa place en usage intime à des propriétés précises : il est inerte, ne réagit pas au contact des muqueuses, résiste à la chaleur (essentiel pour la stérilisation à l'eau bouillante), et conserve sa souplesse dans le temps sans se dégrader.

    C'est précisément cette stabilité chimique qui pose la question de la fin de vie. Un matériau biodégradable finit par se décomposer sous l'action de micro-organismes. Le silicone, lui, ne se décompose quasiment pas dans les conditions naturelles : il peut persister très longtemps dans un sol ou dans l'eau sans se fragmenter significativement.

    En l'absence de filière de recyclage dédiée, un objet en silicone en fin de vie suit donc le même chemin que la plupart des déchets non recyclables : incinération ou enfouissement. Et les cups menstruelles ne représentent qu'une part infime de ce flux. Les établissements de santé utilisent quotidiennement des quantités bien plus importantes de silicone à usage unique (cathéters, sondes, tubulures), qui finissent elles aussi, faute d'alternative, en incinération.

    Ce constat n'est pas une raison de renoncer au silicone médical : à ce jour, aucun autre matériau ne réunit à la fois la biocompatibilité, la durabilité et l'innocuité nécessaires pour un dispositif intime réutilisable pendant plusieurs années. Mais c'est une raison de ne pas se taire sur ce que cette durabilité implique en bout de course, et de chercher activement des solutions.

    2- La Science : où en est le recyclage du silicone dans le monde en 2026

    Le sujet n'est pas figé, il évolue vite. Voici où en sont réellement les choses aujourd'hui, des deux côtés de l'Atlantique.

    En Europe, il n'existe encore aucune filière de recyclage du silicone à l'échelle industrielle. Mais un acteur avance sérieusement : le chimiste français Elkem, avec le projet REPOS (Resourcing Silicones Polymers), soutenu par France 2030 et l'ADEME. Depuis novembre 2024, une unité pilote est opérationnelle sur son site de Saint-Fons, près de Lyon, utilisant un procédé de dépolymérisation chimique [1]. En avril 2025, une publication dans la revue Science a présenté un nouveau procédé catalytique, développé avec le CNRS, capable de redescendre le silicone jusqu'à ses composants de base, les chlorosilanes, la matière première du silicone neuf [2]. C'est une avancée scientifique majeure, mais elle reste au stade de la recherche, pas de l'industrialisation à grande échelle. Une voie mécanique (broyage et réintégration en charge dans un nouveau composé) est elle aussi en cours de validation chez Elkem, avec des taux de réincorporation prometteurs [3].

    En Amérique du Nord, une initiative existe depuis plus longtemps, spécifiquement pour les cups menstruelles : DivaCup, marque canadienne, a lancé en 2021 un programme de recyclage en partenariat avec TerraCycle [4]. Concrètement, les cups usagées sont broyées en poudre pour fabriquer des revêtements de sol (terrains de jeu, terrains de sport). C'est une vraie seconde vie, mais pas un retour à du silicone médical : c'est un réemploi de la matière dans un usage différent. Ruby Cup, une autre marque de cups, avait un partenariat similaire avec TerraCycle : il s'est arrêté, et la marque n'a plus de solution active en 2026 [5]. Le paysage nord-américain, souvent présenté comme en avance sur le sujet, est donc plus fragile qu'il n'y paraît.

    Europe Amérique du Nord
    Stade
    Pilote de recherche (Elkem, depuis fin 2024)
    Stade
    Programme opérationnel depuis 2021 (DivaCup-TerraCycle)
    Voie technique
    Chimique (dépolymérisation) et mécanique
    Voie technique
    Mécanique (broyage)
    Résultat visé
    Matière proche du silicone neuf
    Résultat obtenu
    Revêtement de sol (réemploi, pas retour au silicone d'origine)
    Fiabilité
    Encore expérimentale, pas d'échelle industrielle
    Fiabilité
    Marque par marque, fragile (Ruby Cup a perdu son partenaire)

    👉 Résultat : ni l'Europe ni l'Amérique du Nord n'ont aujourd'hui de filière capable d'absorber tous les silicones en fin de vie, seulement des pistes prometteuses et des initiatives isolées.

    3- Le Conseil Luneale : miser sur le réemploi, pas sur la cup pour cup

    Face à ce vide, deux voies techniques principales sont explorées dans le monde : le recyclage mécanique, qui consiste à broyer le silicone en granulés pour le réintégrer comme charge dans un nouveau matériau, et le recyclage chimique, qui vise à dépolymériser la matière pour revenir à des composants proches du silicone d'origine. La seconde est la plus ambitieuse, elle vise un vrai retour à la matière première, mais elle reste, on l'a vu, au stade de la recherche.

    Chez Luneale, nous réfléchissons depuis plusieurs années sur un programme pilote de collecte de cups usagées auprès de nos clientes, avec un protocole de lavage et de désinfection précis, en vue d'une réintégration mécanique du silicone comme charge dans un nouveau composé. Nous n'avons pas cherché à refabriquer une La Cup Luneale à partir d'une cup usagée : au-delà de la faisabilité technique limitée de cette approche, l'idée peut même paraître un peu étrange en image, même si ce n'est plus un enjeu d'hygiène une fois le matériau broyé et désinfecté. L'objectif est ailleurs : donner une seconde utilité à la matière, pas forcément identique à la première.

    C'est dans cette logique que nous avons échangé avec Le Pavé, une entreprise française qui transforme des déchets plastiques (bouchons, flacons) en panneaux compressés pour du mobilier et des plans de travail, sans ajout de résine [6]. Nous avions envisagé un principe équivalent avec le silicone recyclé, par exemple pour des semelles de tongs. L'idée n'a pas dépassé le stade du papier : un silicone recyclé ne résisterait probablement pas bien au frottement répété d'une semelle, donc nous avons écarté cette piste avant même de prototyper. Le Pavé nous a confirmé qu'ils pourraient tenter de développer des plaques à partir de notre matière, mais cela suppose un budget que nous n'avons pas encore mobilisé à ce stade. Ce n'est pas un renoncement, juste un chantier qui prend le temps qu'il faut.

    💡 Pour aller plus loin :
    Le silicone recyclé n'a pas besoin de redevenir une cup pour être utile. Une seconde vie différente, même modeste, vaut mieux qu'un silicone qui finit à l'incinération faute de débouché.

    4- Pourquoi ça nécessite une vraie filière, pas seulement de la bonne volonté

    Ce que montre notre propre expérience, c'est que l'obstacle principal n'est pas la technique. La matière est recyclable. Ce qui manque, c'est l'échelle et l'organisation.

    Trois obstacles reviennent systématiquement quand un matériau technique cherche sa filière :

    • La collecte : le silicone est dispersé chez des millions de particuliers, en très petites quantités par foyer, ce qui rend le ramassage coûteux comparé au volume traité
    • La pureté de la matière : un recyclage efficace suppose de trier par type de silicone (médical, industriel, alimentaire), donc une chaîne de tri dédiée
    • Le financement : sans obligation réglementaire ni éco-organisme, chaque acteur finance seul sa propre initiative, à petite échelle, sans mutualisation des coûts

    C'est exactement ce qu'a résolu la filière de recyclage des lampes en France. Avant la création d'un éco-organisme dédié, aujourd'hui ecosystem, né de la fusion de Récylum et Éco-systèmes, les lampes usagées, chargées en mercure et en terres rares, ne disposaient d'aucune filière organisée. Depuis, avec un maillage de points de collecte et une obligation réglementaire portée par les fabricants, le taux de collecte atteint 88,9 % et le taux de recyclage 85,4 % [7]. La technique existait déjà avant : ce qui a changé la donne, c'est l'organisation.

    Le silicone se trouve aujourd'hui dans la situation des lampes avant cette structuration : un matériau recyclable, mais sans écosystème pour le collecter et le traiter à l'échelle qu'il faudrait.

    ⚠️ Attention :
    Il n'existe, à ce jour, aucune filière réglementaire de recyclage dédiée au silicone en France ni en Europe. La nouvelle filière REP française pour les protections menstruelles à usage unique (lingettes, serviettes, tampons jetables) ne couvre pas les cups ni les culottes menstruelles réutilisables [8].

    En résumé

    • Le silicone médical est stable et biocompatible, donc durable, mais pas biodégradable
    • Faute de filière, il part aujourd'hui en incinération ou en enfouissement, en Europe comme en Amérique du Nord
    • Des pistes techniques existent (mécanique, chimique) mais restent au stade pilote ou expérimental, y compris chez le leader européen du secteur
    • Le réemploi, donner une autre utilité à la matière, est une piste crédible, plus réaliste à court terme qu'un retour complet au silicone d'origine
    • Ce type de sujet a besoin d'un vrai écosystème de filière, pas seulement de la bonne volonté d'une marque

    Nous n'avons pas de solution aboutie à vous présenter aujourd'hui, et nous préférons vous le dire plutôt que de vous vendre une promesse en carton. C'est un chantier que nous voulons vraiment faire avancer.

    Si vous êtes tombée sur cet article, c'est peut-être que ce sujet vous parle : utilisatrice curieuse, marque confrontée au même problème, organisme qui travaille déjà sur le recyclage du silicone.
    Quel que soit votre angle, commentez ou écrivez-nous. C'est un projet qu'on aimerait vraiment voir avancer, et on ira plus vite à plusieurs.

     


    Sources citées [1] Elkem. *Circular economy for silicones.* Elkem.com. Novembre 2024.
    [2] Elkem, CNRS, Activation. *Publication sur la dépolymérisation catalytique du silicone.* Science. Avril 2025.
    [3] Elkem. *Mechanical recycling pathway for silicone rubber.* Elkem.com. 2026.
    [4] Diva International, TerraCycle. *Diva, makers of the DivaCup, roll out first-ever menstrual cup recycling program with TerraCycle.* GlobeNewswire. 12 avril 2021.
    [5] Ruby Cup. *Recycle your menstrual cup.* Rubycup.com.
    [6] Le Pavé. *SoftSurface, matériaux recyclés.* Le-pave.com.
    [7] ecosystem. *Rapport annuel 2023, chiffres clés.* Ecosystem.eco.
    [8] ADEME. *Filière REP Textiles Sanitaires à Usage Unique (TSUU).* Filieres-rep.ademe.fr.

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