On nous répète depuis toujours que l'endométriose est une "maladie hormonale". La solution proposée est presque toujours la même : couper le cycle (pilule, ménopause artificielle) pour affamer la maladie.
Pourtant, pour beaucoup de personnes menstruées, les douleurs persistent, les récidives après chirurgie sont fréquentes et l'errance médicale continue. Et si on avait raté une pièce du puzzle ?
Une étude récente publiée dans la prestigieuse revue Science Translational Medicine vient bousculer les certitudes : et si une simple bactérie jouait un rôle clé dans l'inflammation ? Décryptage d'une découverte qui pourrait changer la prise en charge de l'endométriose.
Sommaire de l'article
1- La limite du modèle "Tout-Hormonal"
Aujourd'hui, le modèle classique explique que l'endométriose est due au reflux des règles (menstruation rétrograde) : du sang et des cellules de l'endomètre remontent par les trompes et s'implantent ailleurs dans l'abdomen.
Le problème de cette théorie ?
90% des femmes ont ce reflux menstruel, mais seulement 10% développent de l'endométriose. Pourquoi les lésions s'accrochent-elles chez certaines et pas chez d'autres ?
Les traitements hormonaux sont utiles pour gérer les symptômes, mais ils ne "guérissent" pas la maladie : à l'arrêt du traitement, ça repart souvent de plus belle. Il y a donc un autre coupable qui "allume la mèche" de l'inflammation et permet aux lésions de survivre.
2- Fusobacterium : L'invitée surprise dans l'utérus
Des chercheurs de l'Université de Nagoya (Japon) ont analysé les tissus de patientes atteintes d'endométriose. Le résultat est troublant.
Ils ont trouvé une bactérie, nommée Fusobacterium, chez 64% des patientes malades, contre moins de 10% chez les personnes saines.
Habituellement, cette bactérie vit tranquillement dans la flore buccale (bouche) ou intestinale. Mais quand elle migre dans l'utérus, elle semble provoquer une réaction en chaîne désastreuse :
- Elle active une réponse immunitaire inflammatoire massive.
- Elle transforme les cellules de l'endomètre, les rendant plus "agressives" et collantes (fibrose).
- Elle favorise l'implantation et la survie des lésions d'endométriose en dehors de l'utérus.
3- Vers un traitement antibiotique ? (enfin : pas tout de suite)
L'étude a montré que chez des souris infectées par Fusobacterium, un traitement antibiotique ciblant cette bactérie réduisait la taille des lésions et prévenait leur apparition.
C'est une nouvelle immense : cela voudrait dire que l'endométriose pourrait avoir une composante infectieuse, et donc potentiellement curable, ou du moins gérable autrement que par les hormones.
Avant de demander des antibiotiques, il faut prendre en compte trois réalités :
- Nous ne sommes pas des souris : Des essais cliniques sont en cours sur l'humain, mais les résultats ne sont pas encore validés.
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Le microbiote est précieux : Prendre des antibiotiques "à l'aveugle" détruit aussi les bonnes bactéries de votre flore vaginale et intestinale (Lactobacilles), essentielles pour votre immunité et votre équilibre. Cela pourrait aggraver d'autres soucis.
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Ce n'est pas le cas de tout le monde : Rappelons que 36% des patientes de l'étude avaient de l'endométriose SANS cette bactérie. C'est donc une piste majeure, mais pas unique.
4- Ce qu'il faut retenir pour votre santé
Cette découverte valide ce que beaucoup ressentent : l'endométriose est une maladie complexe, systémique et inflammatoire, pas juste un "problème de règles douloureuses".
Cela ouvre la porte à une vision plus globale :
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L'importance du microbiote : Prendre soin de sa flore (intestinale et vaginale) devient crucial dans la gestion de l'endométriose.
- La fin du dogme : La recherche sort enfin du tout-hormonal pour explorer l'immunologie et l'infectiologie.
Chez Luneale, on suit ces avancées de près. Parce que mieux comprendre les mécanismes de son corps, c'est le premier pas pour mieux vivre ses cycles, avec ou sans endométriose.
Source : Muraoka A. et al. "Fusobacterium infection facilitates the development of endometriosis through the phenotypic transition of endometrial fibroblasts", Science Translational Medicine, 2023.

